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24 Octobre 2014 - 13h41


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L’envoi de soldats dans le nord-Mali : La mise en garde de Lansana Kouyaté

2012/7/24

Aujourd'hui en Guinée CONAKRY/De retour au bercail il y a une semaine, le leader du PEDN (Parti de l’espoir pour le développement national), Lansana Kouyaté, aborde des questions brûlantes de l’actualité, notamment la crise malienne et le bras de fer qui oppose le pouvoir à l’opposition autour de la refonte de la CENI.

Monsieur le président, l’opposition guinéenne avait annoncé qu’elle allait rendre publique un chronogramme relatif à sa prochaine manifestation dès le retour au pays du président de la République. Qu’en est-il maintenant que le chef de l’Etat est de retour ?

Lansana Kouyaté : Je ne saurais vous le dire, parce que je violerais la décision que nous avons prise de consulter d’abord les deux autres leaders (ndlr, Cellou Dalein et Sidya Touré) là-dessus.

Le président de la République a affirmé lors de son récent séjour parisien que l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) viendra très prochainement appuyer la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à faire des propositions concrètes, avant de se prononcer sur la date des élections. Comment avez-vous accueilli cette proposition ?

Lorsque la CENI sera recomposée comme nous le souhaitons, et qu’elle répondra à son nom réel de CENI, il lui appartiendra, après consultation avec tout le monde, de proposer une date.

L’ADP et le Collectif avaient annoncé qu’ils voulaient retirer leurs représentants de la CENI et du CNT. Cette menace est-elle toujours d’actualité ?

Vous l’avez appris, quand on agira vous le saurez.

Le chef de l’Etat a aussi déclaré dans une interview qu’il a accordée à un média étranger, qu’il n’a pas à dialoguer avec un parti politique. Or vos alliances organisent des manifestions pour obtenir du pouvoir un dialogue ‘’franc’’ pouvant déboucher sur l’organisation des élections législatives dans un climat apaisé. Qu’en dites-vous ?

Non, nous ne voulons pas marcher seulement pour obtenir un dialogue, il y a toute une myriade de sujets pour lesquels nous voulons marcher. Le chef de l’Etat, s’il pense qu’il ne doit pas dialoguer et que cela appartient aux partis politiques, qu’il est au-dessus de la mêlée, alors nous le souhaitons, que cela le soit proprement. Qu’il soit le président de tous les Guinéens.

Quelle appréciation faites-vous de la décision du président de la République d’envoyer un contingent militaire au nord du Mali ? Et, éventuellement quelles solutions préconisez-vous dans cette crise en tant qu’ancien diplomate ?

Ecoutez, c’est un sujet sur lequel je peux passer beaucoup de temps. Mais au total, la crise malienne dans une certaine dimension, remonte aux années 60’’. En 1962 précisément. A ce moment, les Touaregs avaient au moins leur autonomie, leur indépendance. Le Mouvement de Libération de l’Azawad (MLNA) est aujourd’hui presque absorbé ou chassé par une autre force beaucoup plus équipée qui est An sardine branche de l’AQMI (Al-Qaeda au Sahara occidental). Malheureusement, les mécanismes de prévention n’ont pas marché comme il faut. Je vais parler des mécanismes de prévention de la CEDEAO. Si ces mécanismes avaient marché, on n’en serait pas au point où les 2/3 du territoire malien soient occupés. Mais le déploiement des forces est beaucoup plus délicat qu’on le croit. On n’envoie jamais les forces sans avoir conçu cela sur les états-majors qui le font. C’est ce qu’on appelle les concepts d’opérations. Avant d’entrer, il faut savoir comment s’en sortir. Il y a des opérations, c’est comme le décollage et l’atterrissage pour un avion. Ce sont les deux moments les plus difficiles. Les accidents les plus graves arrivent pendant ces deux moments. Donc les pays n’envoient de troupes que quand ils savent comment s’en sortir. Les Anglo-saxons appellent cela ‘’Exit Game’’.

 
 Donc, quand le concept d’opération est clair, et le plus clair au Mali, ce serait le plus facile. Si on disait aujourd’hui au pays, venez et mettez la zone tampon entre le nord et le sud, c’est facile, on sait de quoi on parle. Mais si on dit allez, libérer le nord, c’est plus compliqué. Il est certain que nous avons maintenant affaire aux fondamentalistes qui ne croient pas au dialogue. Ils sont fermés au dialogue. Mais si l’action militaire est nécessaire, cette action, ne peut se faire qu’avec d’abord l’unité des Maliens retrouvée au sud. Parce que, soyez rassurés que l’armée n’est pas aussi unie qu’on le croit. Après la tentative de coup d’Etat, il y a eu beaucoup de dissensions dans la classe politique.
 
La CEDEAO a donné un ultimatum à toutes les forces vives maliennes de former un gouvernement d’union nationale d’ici au 31 juillet. Si tout cela était réalisé, dans ces conditions, l’opération militaire au nord peut être facile. Il ne faut jamais se hasarder à aller dans une opération militaire quand les habitants eux-mêmes ne sont pas déterminés à soutenir l’action militaire. Il y a des questions logistiques qui se posent, des questions de moyens financiers. Pour déployer 1000 hommes, en réalité il faut que 1000 autres hommes les accompagnent. Parce que le temps de déballer les affaires, vous êtes vulnérables. Il faut que d’autres vous surveillent. Pour retirer les 1000 hommes, il faut que 1000 autres hommes vous surveillent, parce qu’au moment où vous emballez vos affaires militaires, vous êtes aussi vulnérables.
 
C’est pourquoi l’entrée et la sortie sont toujours difficiles. Je suis pour l’action militaire, mais à condition qu’au sud, il y ait d’abord une unité véritable à propos du nord. Que tout ce qui est remarqué comme dissension au sein des militaires, où le capitaine Sanogo a son équipe, et où le président ATT, jusqu’à son départ, était soutenu par certains militaire. Il faut que tous ceux-là, reviennent ensemble. Et qu’il y ait une union sacrée pour la libération du nord du Mali.


Interview réalisée par Boubacar Bagnan Diallo
In ''L’Indépendant''

 

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