 | 2013/2/10
 JOHANNESBURG-Porter le budget de la CAF du million à plusieurs centaines de millions de dollars ; multiplier par 20 le budget de développement technique ; structurer les fédérations nationales et outiller ses animateurs à travers des programmes de stages et de formations institutionnalisés ; étendre les compétitions de football à des moins jeunes et catégories non professionnelles ; améliorer la représentation africaine et obtenir le système de rotation de l’organisation de la coupe du monde etc. Quel archonte africain peut s’enorgueillir de ce bilan si élogieux du président de la CAF ? Mais, à l’analyse, le vrai mérite de l’enfant de Garoua se résume dans cette formule du 2e vice-président, Almamy Kabèlè Camara ‘’ le président Ayatou a permis à l’Afrique et à l’africain de croire en leurs propres capacités’’. En marge de la coupe d’Afrique des nations, les dirigeants sportifs du continent préparent la célébration de Marrakech.
Le Burkina en finale de la coupe d’Afrique des Nations, le Niger, le Togo, le Cap vert, l’Angola etc. régulièrement qualifiés désormais pour les phases finales de la CAN. Qui eut cru, au moment où accédait Issa Ayatou à la présidence de la Confédération Africaine de Football (CAF) en 1988, que des équipes habituées à ramasser des cartons de buts puissent réaliser des progrès significatifs et rivaliser avec des sélections historiquement qualifiées de grandes nations de football ?
Pour les experts avisés, l’ancien champion de 400 et 800 mètres restera le dirigeant sportif qui a mis fin aux préjugés et autres complexes d’infériorité ayant longtemps empêché l’évolution du sport roi dans l’écrasante majorité des pays africains. Le cap vert barrant la route des phases finales de la CAN au Cameroun, le Niger, tour à tour, désillusionnant et privant les pharaons d’Egypte (triple champion successif) de l’édition 2012, ou écartant le Syli de Guinée de la route menant en 2013 en Afrique du sud, pour se hisser au firmament du football continental, la Sierra Leone tenant la Tunisie en échec sur ses installations de Rades, sont des exemples symboliques et récents parmi des dizaines d’autres illustrant l’empreinte personnelle du président Ayatou dans la vulgarisation et le développement du football partout sur le continent depuis son élection à la présidence de la CAF en 1988.
Après la débâcle zaïroise, en 1974 en Allemagne, la déroute tunisienne, en 1978 en Argentine, la double hésitation algérienne et camerounaise, en 1982 en Espagne et même la prestation appréciée des Lions indomptables, en 1986 au Mexique, le football africain se heurtait encore à de gros obstacles pour se faire entendre et admettre sur l’arène internationale. Sur cet autre front, l’histoire gardera du président de la CAF le grand mérite du combat de la reconnaissance et du respect du continent africain.
Même si à l’infini, ses admirateurs ou partisans alignent des superlatifs et flattent les actions et résultats du président de la CAF ou que, à contrario, ses adversaires et détracteurs trouvent toujours matière à noircir le tableau, sur ces deux chantiers essentiels, le bilan des décennies Issa Ayatou au sommet du football africain est un succès total : Que chaque équipe africaine se conscientise de pouvoir jouer les premiers rôles dans les compétitions continentales ; que les sélections africaines se décomplexent face aux équipes des autres continents notamment sud-américaines et européennes.
Autrement dit et grâce au travail minutieux et obstiné du président de la CAF, aucune sélection africaine ne peut se prévaloir désormais d’une quelconque suprématie sur les autres, le vainqueur d’une phase n’est pas déclaré d’avance. Dans la même logique, les représentants de l’Afrique dans les tournois internationaux notamment en coupe du monde n’’arrivent plus en victimes expiatoires sur le terrain international.
Cette situation résulte de la vision et de l’ambition qui torturaient l’ancien président de la fédération camerounaise de football au moment de présenter sa candidature à la présidence de la CAF. Et depuis qu’il a été élu en 1988 à ce jour, Issa Ayatou a mis sa vie au service du sport africain en général et du football en particulier. Ce choix tranché, plus de 20 ans après, distingue la CAF comme l’institution africaine la plus performante sur le plan structurel, organisationnel, financier, de la crédibilité et de l’influence internationale ainsi que de la promotion du continent. Avec un peu plus d’un million de dollars, en 1988, à son arrivée, les reformes et la transparence qu’il instaure portent le budget de la CAF à plus de 200 millions de dollars us aujourd’hui.
Profondément assainie et restructurée, la CAF est dotée des commissions de travail dignes des grandes institutions internationales respectables. Le vieillissant siège de la CAF modernisé et mieux un nouveau flambant neuf bâti sur une superficie 10 fois plus vaste dans la capitale égyptienne, le Caire. La formation des cadres et agents priorisée et accrue, l‘assistance technique et financière aux fédérations nationales substantiellement revalorisée.
Sous la présidence du président Ayatou, les moyens accordés à diverses activités comme le futsal, le football féminin ou le beach-soccer ont enregistré une croissance exponentielle. Parallèlement, il donne progressivement à la Coupe d'Afrique des nations de football l’ampleur des grandes compétitions. Elle passe ainsi, en 1992, de 8 à 12 équipes, et à 16 équipes depuis les phases finales organisées en 1996 en Afrique du sud. Il lance le Championnat d’Afrique des Nations (Chan), réservé spécialement aux footballeurs évoluant dans les championnats locaux. La prochaine édition du Chan est prévue en juillet 2014 en Afrique du sud.
Les coupes des juniors, des cadets voient le jour et s’institutionnalisent. Le président Ayatou a également veillé au développement des compétitions de clubs en Afrique: La Coupe d'Afrique des clubs champions initiée en 1964 devient, en 1997, Ligue des champions de la CAF, la Coupe d'Afrique des vainqueurs de coupe se mue d’abord en Coupe de la CAF de 1992 à 2003 et puis en Coupe de la confédération. Aucune de ces compétitions ne souffre de dysfonctionnement. Preuve du professionnalisme dans le sérieux et la rigueur.
Sur le plan international, le président Ayatou instaure de nouvelles formes de relations entre la CAF et les autres confédérations continentales notamment l’UEFA profitables en termes de revenus aux fédérations nationales de football. C’est sous son magistère que l’initiative de Lennart Johansson, voulant depuis 1995 que chaque association nationale affiliée à la Fifa bénéficie d'un million de dollars tous les quatre ans, a été concrétisée.
C’est encore le président de la CAF qui fait accepter par la Fifa la prise en charge des frais de voyage d'un délégué puis trois par association nationale lors de chaque congrès de l’instance internationale de football. Mais, la combativité du vice-président de la Fifa pour le continent africain ne se limite pas à ces faits d’armes déjà remarquables. Et c’est bien à Issa Ayatou que l’Afrique doit le passage du nombre de ses équipes en phase finale de la Coupe du monde de football de 2 à 3, en 1994, puis de 3 à 5 avec l'édition de 1998 en France.
C’est grâce au combat acharné du natif de Garoua qu’un congrès de la Fifa a adopté le système de rotation de l'organisation du Mondial entre les 5 continents. Ce qui a permis au continent africain, à travers l’Afrique du sud, d’accueillir pour la première fois les phases finales du Mondial, celles de l’édition 2010 et d’augmenter le nombre de ses équipes à 6. Auparavant, en 2009 précisément, le Nigeria avait abrité les phases finales du championnat mondial des moins de 17 ans.
Sur le registre des résultats sportifs, l’Afrique a réalisé d’excellentes performances dans diverses compétitions internationales (médaille d'or aux Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996 avec le Nigeria et de Sydney en 2000 avec le Cameroun), les victoire au championnat du Monde des moins de 17 ans du Nigeria en 1985, en 1993 et 2007, du Ghana en 1991 et 1995, la deuxième place du Nigeria en 1987, 2001 et 2009, du Ghana en 1993 et 1997au même championnat du monde des moins de 17 ; la victoire du Ghana au championnat juniors de 2009 et sa seconde place en 2001, la deuxième place du Nigeria en 1989 et 2005.
Comme on pourrait aisément le constater, il est difficile sinon impossible de trouver, dans l’histoire du continent, un bilan aussi glorifiant dans la gestion d’un président africain ou d’une personnalité africaine à la tête d’une institution internationale. Sous d’autres cieux, les dirigeants d’une telle qualité sont couverts de tous les soins.
L’Afrique, elle aussi a tout intérêt à protéger les valeurs qui font sa fierté. C’est bien le sens de la ferveur qui anime la quasi-totalité des responsables des fédérations nationales et des membres du comité exécutif de la CAF présents en Afrique du sud à la veille du congrès de Marrakech qu’ils qualifient de reconnaissance et de célébration le mérite d’Issa Ayatou. Celui d’avoir offert sa vie au sport du continent, pas seulement le football.
Abdoulaye Condé, Depuis Johannesburg pour AEG
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