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29 Juillet 2014 - 1h31



L’irréparable crime  [2012/8/1]

Aujourd'hui en Guinée Les révélations qui émaillent l’actualité nationale sonnent comme une condamnation au désespoir quand à toute perspective d’avenir pour le guinéen, pis pour les futures générations. Si le pays, depuis un quart de siècle et à une cadence toujours intense, reste irrémédiablement soumis à ce pillage dans lequel se relayent ses successifs dirigeants.

Des renseignements confidentiels gravissimes exhumés des caveaux bancaires donnent le tournis : des virements des centaines de millions de dollars et d’euros sur des comptes appartenant à certains dignitaires du nouveau régime guinéen. Des comptes ouverts, entre mars et septembre 2011, dans les paradis fiscaux, notamment à Monaco, Ile Maurice, Iles Caïmans, Beyrouth, Suisse etc. Dans des pays et localités où le secret bancaire reste la principale religion. Ainsi, moins de deux ans depuis l’investiture du président Alpha Condé, la Guinée est devenue la proie privilégiée d’une bande de nouveaux cleptomanes, victime qu’elle est des plus gros détournements de son histoire, jamais opérés en plus de cinquante ans d’indépendance. Ces millions d’euros et de dollars (c’est ainsi qu’on tripatouille désormais l’argent public et non en milliers de milliards de francs guinéens chers aux militaires du CNDD et de la transition) sont systématiquement versés dans ces comptes privés, loin de la Guinée et des besoins pressants de ses populations. Récemment, la copie d’un virement de 10 millions d’euros a été interceptée par un comité de lutte contre le vol des deniers publics des pays africains. Ce virement de 10 millions d’euros est tout de même tombé dans le compte d’un haut dignitaire du régime, compte ouvert en septembre. Un autre document confidentiel fait état du versement des retro commissions dans un prêt de 60 millions de dollars à des proches du chef de l’état. Ces crimes financiers jamais commis en Guinée ne sont malheureusement que la face visible de l’iceberg. Nous reviendrons sur les détails de ces crimes et d’autres, mais le dossier FRIGUIA semble plus urgent que jamais d’autant que de pauvres travailleurs pères de familles sont menacés jusque dans leur intégrité intime.

Friguia : Des centaines de millions de dollars USD distribués

Dans le sulfureux contentieux de l’usine de FRIGUIA, opposant l’état guinéen à la société Rusal, des centaines de millions de dollars ont été débloqués par la société russe et répartis entre dignitaires pour entériner la transaction de 2006. Cette rocambolesque magouille dénoncée à l’époque par tous les observateurs a simplement annihilé la valeur de l’usine, passant de plus d’un milliard de dollars à 19 millions de dollars USD. Et c’est avec cette somme modique, arrosée de 3 millions de dollars de taxes, que Rusal s’était octroyée la première usine d’alumine en terre africaine, gérée naguère par la société française PECHINEY. Inutile de rappeler que les dessous de table évalués à des millions de dollars distribués aux dirigeants de l’époque expliquent le bradage criminel de ce grand patrimoine industriel national. A l’époque au moment de l’horrible transaction, en avril 2006 précisément, le ministre des mines s’appelait Ahmed Tidjane Souaré. Aujourd’hui, conseiller avec rang de ministre d’état, il siège au cabinet du président Alpha Condé, qui a fait du changement son programme électoral. Cette promotion avait eu le désagréable effet de prendre de court les soutiens les plus avertis du locataire du palais de SEKHOUTOUREYAH, même si ‘’les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent’’.

Après la mort du président Conté, en décembre 2008, et la prise du pouvoir par les militaires du CNDD sous la conduite du capitaine Moussa Dadis Camara, ce crime économico-financier a été remis sur la table. Les russo-ukrainiens, conscients de l’énormité de l’arnaque, ont fait le siège du Camp Alpha Yaya, quartier général du nouvel homme fort pour amener ce dernier à accepter un plan à l’amiable de régularisation de l’affaire. Une nuit tardive, entre 2heures et 3heures du matin, les veilleurs du camp virent bizarrement un homme blanc, mallette en main et sous bonne escorte, traverser rapidement le salon pour s’engouffrer dans le bureau du capitaine Dadis. Quelques minutes seulement suffirent aux curieux pour identifier ‘’l’illustre visiteur’’ et c’était l’oligarque sulfureux, Oleg Deripaska, première fortune, le numéro un mondial de l'aluminium ett de la compagnie d'investissement ‘’Basic Elément’’, [4]venu, selon les filtres du bureau dont la vertu n’était pas de savoir garder la confidence ou le secret, ‘’offrir’’ cinq millions de dollars USD dont contenait la précieuse mallette et faire taire le ‘’turbulent’’ chef de la junte dont les premiers pas donnaient la frayeur à tous ceux qui ont abusé de la Guinée. Rendu cholérique par le rapport de l’audit qu’il a instruit et que Ousmane Kaba, actuellement ministre conseiller du président Alpha Condé, a mené sur plusieurs scandaleux dossiers des 25 ans de l’ère Conté et qui dévoilent les magouilles entourant la vente de l’usine de FRIGUIA à un millième de sa valeur chiffrée à plus d’un milliard de dollars US), le président du CNDD passait ses soirées à étriller ceux qui ont eu la ‘’témérité’’ de commettre ce bradage contre leur propre pays, mais aussi contre les sociétés étrangères qui, par la haute corruption, ont incité les hauts cadres guinéens à la faute.

Mais, partagé entre mille feux ardents, dont le désir rongeur de se faire élire, le chef de la junte se détourna de cette cause d’utilité publique. Pis, devint l’avocat des supposés responsables et coupables de ce bradage. Son successeur, le général Sékouba Konaté, a été également sollicité par Rusal. Contrairement à son prédécesseur expansif, le caractère introverti du président de la transition était une solide barrière d’où transpiraient difficilement les confidences et secrets d’état. Mais la légèreté et le caractère vulgaire d’un entourage de bas niveau, ainsi que les faiblesses de l’homme porté sur les plaisirs de la vie trahissaient le mur du silence dans lequel s’est cru protéger le général Konaté, président de la transition. Un voyage avorté de justesse sur Moscou a été initié en faveur du général Konaté par Rusal, rien que pour résoudre le contentieux germé par les conditions d’acquisition de l’usine.

Toujours est-il que ni le capitaine Moussa Dadis Camara ni le général Sékouba Konaté n’étaient légitimes et compétents à conclure, au nom de la Guinée, un quelconque accord durable et certain avec Rusal. Ils auraient pris le risque de se faire désavouer par un futur régime civil élu. Seul ce régime constitutionnel légal est habilité à initier, à discuter et à engager la Guinée.

Aujourd’hui, c’est, bien entendu, la situation du pouvoir du président Alpha Condé, élu au suffrage universel, donc légitime, et investit par la cour suprême, donc légal. Avec l’élection du président Condé, tout le monde s’attendait à ce que cette affaire de l’usine bradée de FRIGUIA soit élucidée et réglée une fois pour toute. Surtout qu’une autre étude effectuée par un cabinet international, chiffrant à plus de 900 millions de dollars la valeur de l’usine, confirmait le caractère ignoble de la cession à Rusal. Mais, depuis motus et bouche cousue. Aucun communiqué officiel du ministère des mines n’a été publié ou diffusé pour informer les guinéens, qui ont les oreilles toujours tendues, sur la suite que le gouvernement a décidé de donner au dossier de l’usine FRIGUIA. Visiblement, l’indifférence est telle que le guinéen a tendance à croire que seul le capitaine Moussa Dadis Camara parait être l’unique dirigeant guinéen à avoir manifesté de la sensibilité au sort ténébreux infligé à l’usine de FRIGUIA. Officieusement cependant, des voyages de dignitaires, dont certains ni statut ni qualification requise, se sont multipliés à Moscou où des négociations ont eu lieu avec Rusal. A ce jour, nul ne sait les tenants et aboutissants de ces négociations. On constate seulement que Rusal a eu la quiétude et la tranquillité qu’elle cherchait à monnayer depuis ; elle a consolidé sa mainmise sur l’usine. A quel prix ? C’est toute la question. Des documents qui ne souffrent d’aucun doute, d’aucune falsification prouvent que des centaines de millions de dollars USD ont été débloqués par Rusal et distribués à des hauts dignitaires impliqués dans les négociations secrètes. Un de ces ‘’négociants’’ a eu à lui tout seul 50 millions de dollars USD, vous avez bien entendu 50 millions de dollars USD. C’est affreux ! Des voyages officieux et officiels tous frais seraient assurés depuis 2011 par Rusal. Au compte de qui, pour quel service, à quelles fins ?

Jamais dans l’histoire de plus de cinquante ans d’indépendance, le crime financier contre le pays n’a été poussé à ce point. Même les militaires du CNDD ou de la transition qui se sont montrés si gloutons n’ont osé aller si loin dans le pillage du bien public. Contrairement à un passé déjà douloureux, ils ne se contentent plus de puiser dans les caisses de l’état, ni de les prendre, mais ils sont purement et simplement devenus eux-mêmes ces caisses. Engloutissant à la source tout ce qui est destiné à l’état guinéen.

Au moment où les populations sont plongées et sont submergées dans la misère, la pauvreté absolue que des individus, surgis de nulle part, abusant des positions privilégiées que leur confère la proximité avec le chef de l’état, se permettent de telles cruautés, c’est un acte d’asphyxie collectif contre le pays, un crime passible de la plus lourde des peines. Reste cependant à savoir si le président de la République, le professeur Alpha Condé est au courant de ces atrocités financières infligées à la Guinée et sur lesquelles certains éléments dans son entourage prospèrent de plus en plus arrogamment. Une ou des enquêtes méritent d’être ouvertes immédiatement pour faire la lumière sur ces vols des deniers publics de dimension jamais approchée. Lui, qui garde encore l’image d’un président impitoyable et intransigeant contre les prédateurs et la prévarication, comme il l’a prouvé dans le dossier des 13 milliards de francs guinéen.

Et l’on comprend aisément maintenant pourquoi la société Rusal, qui courait matin et soir derrière la junte, qui mobilisait les personnalités influentes de la Russie pour plaider ses intérêts de peur d’être dépossédée et poursuivie en justice, se comporte si gaillardement à présent. Allant jusqu’à fermer l’usine des mois durant, abandonnant les travailleurs sans salaires, et sans qu’aucune autorité ne lève le doigt ou la voix pour les rappeler à l’ordre. Mais que fait aujourd’hui le nouveau régime face à cet horrible constat de guinee7 : « La gestion de l’usine de Friguia est aussi opaque que l’intérieur d’une tombe. Rusal est seul maitre à bord de l’usine. Toutes les actions lui ont été vendues par le régime Conté. Pas de conseil d’administration encore moins du contrôle sérieux de l’Etat. Le seul véritable argument à lui opposé est l’état dégradé de l’usine. Si tous les investissements et subventions annoncés étaient effectifs, l’usine se sentirait mieux . » . L’état n’est-il pas une continuité ? Qu’attend ce gouvernement, considéré comme le premier à être démocratiquement investit par les guinéens, pour défendre les intérêts de la nation et restituer à la Guinée ses droits hypothéqués, et poursuivre les hauts cadres corrompus et égarés responsables de cette haute forfaiture ? Ne donne-t-il pas le désolant sentiment de tout le contraire de ce qu’on était en droit d’attendre d’un régime sensible au sort de ses administrés ? Par cette attitude, n’est-il pas en train d’enfoncer davantage un pays déjà alité ?

Car, comme le conseille si joliment Yamoussa Sidibé, il ‘’Les dirigeants guinéens doivent pouvoir proposer un autre regard sur notre présence dans le monde, comprendre qu’il y a aussi de la beauté à être riche ensemble, que patriotisme n’est pas idiotie. ’’

A moins de confirmer cette hallucinante conclusion que font déjà de nombreux guinéens « La société Rusal se croit désormais forte de quelque chose et se comporte comme si elle tenait les nouvelles autorités guinéennes’’. Alors jusqu’à quelle hauteur ?

 
 A suivre.

Mohamed Condé







 

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