 | Diplômé du département d’Anglais de la faculté des lettres, Art et Sciences humaines, de l’Université de Cocody-Abidjan, Soro Guillaume est un ancien pensionnaire du petit séminaire de Katiola (1985) et du Lycée classique de Bouaké (1988).
Après la Côte d’Ivoire, Soro Guillaume poursuit ses études en France où il s’inscrit en Anglais à Paris VII et en Sciences politiques à Paris VIII. Il revient en Côte d’Ivoire quelques semaines avant les événements du 19 décembre 1999.
Contraint de s’exiler après les événements d’octobre, décembre et janvier 2001, c’est cette même année qu’il devient Secrétaire Général du Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI) dont il est membre fondateur. A l’issue de l’échec des négociations de Lomé, Soro Guillaume est désigné premier responsable des trois mouvements (MJP, MPIGO et MPCI) le 22 décembre 2002.
De mars 2003 à décembre 2005, Soro Guillaume est nommé Ministre d’Etat, Ministre de la Communication dans le Gouvernement de réconciliation nationale dirigé par le Premier Ministre Seydou Elimane Diarra. Le 28 décembre 2005, il est nommé Ministre d’Etat, Ministre chargé du programme de la reconstruction et de la réinsertion dans le Gouvernement dirigé par le Premier Ministre Charles Konan Banny.
Guillaume Kigbafori Soro est né le 8 mai 1972 à à Kofiplé, sous-préfecture de Diawala, dans le département de Ferkessédougou, dans le nord du pays. Il est Chrétien catholique.
De 1995 à 1998, il est secrétaire général de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d`Ivoire (FESCI) alors qu`il préparait une licence d`anglais à l`Université d`Abidjan.
En 1998, il s`envole pour la Grande-Bretagne puis la France.
Il revient au pays après le coup d`Etat de 1999 et crée le Forum international des étudiants francophones (FIEF) avant de s`allier politiquement au Rassemblement des républicains (RDR) de Alassane Dramane Ouattara.
En 2000, il est colistier de la secrétaire générale du RDR, Mme Henriette Dagri-Diabaté, à Port-Bouët (Abidjan), aux élections législatives qui seront par la suite boycottées par le RDR.
En septembre 2002, il est secrétaire général des Forces nouvelles (FN) qui contrôlent 60 % du territoire national.
Guillaume Soro est premier ministre depuis le 29 mars 2007 à 37 ans .
Arrêté par les forces de sécurité à l’époque, il est présenté comme un « butin de guerre » du pouvoir en place. Participe à toutes les négociations internationales relatives au conflit: Lomé, Linas-Marcoussis, Pretoria, Abuja... Le jeune Premier ministre s’inscrit durablement sur l’échiquier politique ivoirien dont il traverse les orages. Il a notamment été victime d’un attentat non élucidé, sur l’aéroport de Bouaké ou son avion a été la cible de tirs de roquettes à l’atterrissage tuant quatre personnes et blessant dix.
A quatre mois de l’élection présidentielle, le leader des Forces nouvelles donne son sentiment sur les enjeux, le scrutin, les rapports avec la classe politique ivoirienne…
Finalement l’élection présidentielle aura lieu cette année, êtes vous confiant sur le processus, après tant de reports…
Oui, le gouvernement ivoirien est déterminé à faire en sorte que les élections aient lieu le 29 novembre 2009. Il est évident que les autres reports donc étaient consécutifs à des problèmes techniques. En 2008, nous avons reporté l’élection parce que nous avions à peine cent milles personnes inscrites. Aujourd’hui nous avons plus de 6 millions de personnes inscrites pour la liste électorale, vous conviendrez avec moi qu’il est plus proche d’aller aux urnes avec six millions d’électeurs aux élections que d’aller avec 100.000 Donc, nous pensons aujourd’hui que la Côte-d’Ivoire a les moyens d’organiser les élections le 29 novembre 2009.
Les interrogations vont bon train sur votre position de Premier ministre issu des accords de Ouagadougou, quel va être la position des Forces nouvelles dans le scrutin
Non, non, il n’ y a pas de spéculation sur cette question, la position des Forces nouvelles est claire et nette. Les Forces nouvelles vont jouer le rôle d’arbitre dans ces élections. C’est pourquoi, premièrement, je ne suis pas candidat à ces élections ! Deuxièmement, les Forces nouvelles ne vont pas se transformer en parti politique, parce que se transformer en parti politique serait être partisan soi-même. Nous allons conserver notre position de neutralité et d’impartialité parce que notre devoir c’est de donner confiance aussi bien à monsieur Laurent Gbagbo, à monsieur Alassane Dramane Ouattara, qu’à monsieur Henri Konan Bédié pour tous les tirer vers les élections.
Regrettez vous de ne pouvoir être candidat, à cause de la clause de limitation d’âge
Prendre part aux élections ? Non, je pense que le rôle que je joue, qui donc consiste à organiser à organiser ces élections démocratiques et ouvertes à tous, est un rôle important pour la nation ivoirienne. Donc les Forces nouvelles veulent pouvoir se positionner comme ceux qui ont ramené la paix en Côte-d’Ivoire, comme ceux qui ont sauvé la Côte-d’Ivoire en revenant à la normalité des institutions.
Comment envisagez votre propre avenir, après le vote ?
Alors, écoutez, je pense que, comme je le dis souvent, à chaque jour suffit sa peine. On n’est pas encore au lendemain des élections, à chaque jour suffit sa peine. Pour le moment, mon avenir immédiat, c’est l’organisation des élections. Et, après les élections, je ne vous dirai pas ce que je ferai.
La transition arrive à son terme, quels ont été pour vous les éléments de satisfaction ?
Ma première grande satisfaction c’est d’avoir réussi à conclure un programme économique avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI). Parce que depuis 1996, date à laquelle le programme dénommé Initiatives pour l’allègement de la dette des pays pauvres très endettés a été lancé, la Côte d’Ivoire est à sa quatrième tentative qui, heureusement, a été un succès. Donc pour moi, c’est extrêmement une bonne chose. Ma deuxième satisfaction, c’est que, j’ai pu réussir à faire des audiences Foraines qui ont donné des extraits de naissance à plus de huit cent mille personnes en Côte-d’Ivoire, qui sont sortis de l’anonymat administratif pour avoir maintenant leur citoyenneté : c’est une satisfaction. La troisième satisfaction que j’ai, c’est d’avoir pu, dans un contexte difficile, permettre à plus de six millions de citoyens Ivoiriens de s’inscrire pour la carte nationale d’identité et la carte d’électeur. Mais, vous comprendrez que ça me laissera un goût d’inachevé si les élections n’étaient pas organisées à satisfaction. C’est pourquoi ma plus grande satisfaction demeure et reste, la réussite de l’organisation des élections transparentes le 29 novembre 2009.
Comment avez-vous gouverné ces derniers temps avec le président Laurent Gbagbo, vous semblez avoir moins de difficultés avec lui que vos prédécesseurs
Ecoutez, je pense d’abord que c’est moins la question des personnalités qui est en cause ici que celle des objectifs à atteindre. Je crois plutôt que, c’est la nature de l’accord que nous avons signé. Le dialogue direct, c’est le président Laurent Gbagbo qui a cherché un accord. Les propositions qui sont là sont les propositions de Laurent Gbagbo que nous avons discuté. A partir du moment où les acteurs politiques eux-mêmes sont animés de la volonté politique de faire la paix, l’accord, fut-il imparfait, on trouve en nous-même les ressources pour continuer d’avancer, malgré les quelques difficultés qui peuvent se présenter. Donc, je pense que si je travaille en bonne intelligence avec monsieur Laurent Gbagbo, c’est moins donc nos idées, c’est moins nos obédiences politiques, plutôt que la volonté politique de réussir à sortir de la crise par l’accord politique de Ouagadougou.
Est-ce que, aujourd’hui les causes de la guerre ont-elles disparues avec les nouvelles dispositions ?.
Je pense que dans les textes que mon gouvernement a initiés et adoptés, la question de la nationalité a été réglée. Puisque les textes sont le fruit d’un consensus, le gouvernement est issu des forces politiques (il y a le FPI, le RDR, le PDCI, les Forces nouvelles et bien d’autres partis politiques). Donc, un texte qui vient au gouvernement est discuté âprement ! Et c’est le compromis, le consensus qui triomphe. Donc nous pensons qu’avec l’enrôlement de six millions de personnes, sans heurts, sans querelles, est un signal déjà que nous avons fait des progrès dans le changement des mentalités en ce qui concerne la nationalité et la citoyenneté. Ceci dit, vous savez, le processus demeure encore donc fragile. L’élection viendra consolider le processus de paix en Côte-d’Ivoire.
Quels rapports entretenez vous avec les autres opposants : Henry Konan Bédié, Alassane Dramane Ouattarra, ainsi que les chefs de l’ancienne rébellion marqués un moment par la dissidence armée
J’entretiens de bons rapports avec tout le monde, aussi bien avec monsieur Bédié que monsieur Ouattara. J’entretiens de bons rapports avec le chef de l’État, c’est d’ailleurs ça la seule garantie du succès, du succès, donc du processus de sortie de crise en Côte-d’ivoire. Au niveau des Forces nouvelles, vous avez parlez de dissidence. Oui dans tout mouvement il peut avoir des frictions. Mais je vous fais observer que depuis le 19 septembre 2002, aucun centimètre carré qu’a contrôlé la rébellion n’a échappé au contrôle du Secrétaire général des Forces nouvelles et des Forces nouvelles ! Or, vous prenez l’histoire des autres rebellions, six mois après, il y a des fractions, il y a des fractionnements dans les rebellions, les portions de terres qui sont réclamées par tel ou tel. A la différence de ces rebellions, les Forces nouvelles ont su relativement garder leur unité, leur contrôle sur un territoire uni, leur contrôle sur une zone qu’ils ont géré pendant plus de sept ans. Et, c’est ça qu’il faut retenir.
Quel regard portez vous sur le rôle et l’action du président Blaise Compaoré dans la crise ivoirienne, ces adversaires ont vu en lui, un élément déstabilisateur
Écoutez, beaucoup de choses se sont dites, beaucoup de choses ont été dites dans cette crise qui ne sont pas forcément vraies. Mais, le plus important aujourd’hui, il faut bien reconnaître que c’est grâce à la facilitation du président Blaise Compaoré et à son entregent, que la paix est aujourd’hui devenue une réalité. Donc, à mon avis, l’histoire retiendra que monsieur Blaise Compaoré a plutôt joué la carte de la paix en Côte-d’Ivoire. Et c’est ça qui me paraît important. C’est pourquoi, je continue de penser et de croire que le président Blaise Compaoré doit être à côté de ses frères Ivoiriens pour les encourager à aller à la paix.
Quel sentiment vous inspire la disparition du président Omar Bongo Ondimba, vous qui l’avez pratiquez, quels souvenirs gardez vous de lui ?
Le Président Omar Bongo Ondimba Bongo a été un papa pour moi, le président Bongo m’a adopté et je dois en partie au président Bongo d’avoir été Ministre dans un gouvernement en Côte-d’Ivoire. J’ai du fond du cœur ressenti douloureusement cette perte au plan personnel. Je pense que le président Bongo a été un grand chef d’État africain. C’est vrai, la presse internationale, surtout occidentale, caricature nos chefs d’États, si vous prenez la presse occidentale, il n’y a aucun chef d’État africain qui mérite de l’être ! Donc, je pense aussi que c’est une vision étriquée et spécieuse des Africains, à la limite, c’est un manque de considération pour les Africains parce que nous aussi, nous voulons être fiers de nos chefs d’États. Comme les occidentaux ont été fiers de leurs chefs d’états. Et nous avons mal que chaque fois, on ne puisse même pas trouver à célébrer les côtés positifs de nos chefs d’États. Quand même, quarante et une années de stabilité au Gabon, ce n’est pas rien, ce n’est pas rien ! Pourquoi à chaque fois essayer d’encourager la déstabilisation des pays africains ? J’ai mal ! Donc la presse internationale, surtout occidentale ne parle du Kenya que lorsque il y a des tueries, ne parle du Zimbabwe que lorsqu’il y a des problèmes,
Prenez tous les États Africains, notez-les et faire l’inventaire, vous verrez que les pays dans lesquels les élections ont été réussies, des pays dans lesquels des élections démocratiques ont été organisées, ces pays-là sont plus nombreux que les quelques rares cas où il y a eu de la déstabilisation. Il faut arrêter avec ces clichés de notre Afrique. Voilà.
Propos recueillis par Ingrid Aouane Source : '' Matalana''
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