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07 Septembre 2010 - 13h18

Il faut nécessairement qu’on fasse l’audit serein de la liberté de la presse en Guinée lance Jean Raymond Soumah , Président du CNC
 [2009/9/18]

Aujourd'hui en Guinée - Aujourd’hui en guinée : Si l’on vous demandait aujourd’hui de faire de reforme au niveau du CNC et dans la presse Guinéenne quelles seront vos priorités et surtout vos urgences ?


- Jean Raymond Soumah : Merci pour l’opportunité que vous me donnez de m’exprimer. Je ne veux pas me prononcer sur l’âge de l’équipe, je vais simplement vous dire que pratiquement tout est urgent mais qu’il faut établir une hiérarchie entre les urgences. Je me souviens dans l’adresse que j’ai faite au moment où on m’installait au CNC, j’avais parlé de différents chantiers, ceux de la révision de la loi sur la liberté de la presse, de la radio et de la télévision, la communication en général, la loi partant création du CNC… ce sont deux loi qui ont été créées il y a de cela dix ans et qui méritent d’êtres adaptées à l’évolution actuelle du paysage médiatique. Il y a aussi la nécessité, me semble t-il, de faire connaître une évolution aux différents textes qui portent sur la libération des ondes, sur les cahiers des charges et autres. Je voudrais contribuer à améliorer les conditions de la réception par les citoyens, des différentes émissions qui leur sont diffusées dans un espace pluraliste. Et, tout cela repose en faite sur une bonne évolution de la profession par la formation. La formation est le principal cheval de bataille pour atteindre tous ces différents objectifs. La concertation aussi, qui va nous permettre d’échanger, de connaître les véritables desiderata des uns et des autres et d’en discuter afin de pouvoir apporter les modifications. Dans le domaine de la modification, il faut consulter mais dans certains autres domaines, certains impératifs s’imposent par eux-mêmes.

- La presse Guinéenne est aujourd’hui à la croisée des chemins, elle est accusée de tous les travers sociaux dont la calomnie, la diffamation, les injures, des accusations sans fondement. En tant que président de l’ institution de régulation des médias en Guinée vous vous trouvez entre promouvoir la liberté d’expression et lutter contre l’amateurisme au sien de la presse. Laquelle des deux fera partie de vos urgences ?

- Tout est urgent c’est l’équilibre qu’il faut rechercher : ne pas empêcher l’évolution de la liberté de la presse mais ne pas permettre qu’on s’en serve pour régler des comptes, pour inciter au trouble de l’ordre public. D’ailleurs la question vient à point nommé. La décision que nous avons prise concernant un type de sujet à savoir les sujets politiques dans un type d’émission à savoir les émissions interactives et pendant une période donnée le temps que la tension baisse, nous a valu tous les noms d’oiseaux de la part de certains médias. Malheureusement ces confrères ont fait croire qu’il s’agissait d’interdire toute question politique dans toutes les radios…Mais toujours est-il que nous avons œuvré pour la bonne cause. A préciser que la décision n’excluait pas les débats politiques en studio. Cela dit, la légèreté des journalistes en studio face aux appels venus de l’extérieur et qui prenait des allures d’incitation au trouble de l’ordre public sur fond d’ethno stratégie, nous inquiétait . Vous vous rendez compte qu’il y a pas mal de dérives et qu’il y a des problèmes de formations. Je crois que c’est par la formation que nous allons essayer de remonter ces problèmes par la concertation, par la consultation de tous les groupements qui font évoluer les média afin de permettre par la formation entre autres, une harmonie au sien de l’espace médiatique guinéen.

- Quelle définition faites-vous en tant que président du CNC de la dépénalisation des délits de presse que l’on a longtemps souhaité ?

- Définir la dépénalisation, je crois c’est un peu le niveau des peines, le mode de peine qu’il faudrait changer c'est-à-dire que, en terme simple, les journalistes n’iraient pas en prison, d’autres types d’amandes pourraient le remplacer en cas d’irrespect des lois, des libertés individuelles, des règles régissant le fonctionnement de la profession au regard et à l’endroit des tiers. Mais ce que je veux dire à l’endroit d’autres personnes, la dépénalisation, on en parle, mais il est très important qu’ensemble, on essaye de discuter en tenant compte des trop grandes facilités de la loi en l’état actuel. Parce que voila ; c’est l’enchaînement : il est très facile d’être journaliste, d’être propriétaire de média donc il devient très facile de calomnier. Donc, il y a un certain nombre de choses qu’il faudrait revoir en amont avant d’en arriver là. C’est avec une presse responsable que l’on peut s’engager dans la dépénalisation et vous savez très bien mon attachement au libre exercice du métier par les journalistes et tout aussi ma rigueur lorsqu’il y a des individus qui viennent dans les média pour ternir l’image des médias, pour poser problème à l’utilité que les médias ont dans une société, en particulier dans une société démocratique ou en voie de démocratisation.

- Concernant la dépénalisation un travail de fond a été fait dans ce sens par une ONG Irded en collaboration avec le CNC, qu’en est il ?

- Ce que nous avons fait avec cette ONG , c’est de faire des projets de propositions de changement, d’évolution des textes qui régissent les médias en république de Guinée. On a fait un premier travail sur le volet presse écrite, et tous les autres volets vont suivre. Nous pensons que ce sont des projets qui pourront êtres soumis à l’organe législatif pour qu’il puisse revoir dans quelle mesure on peut faire évoluer la loi sur la liberté de la presse en Guinée. Mais aussi la loi sur le CNC .

- M le président quel jugement portez-vous sur les différents séminaires de formation donnés aux journalistes ?

- Cette question est très pertinente, je l’ai souvent évoquée. Il faut qu’on fasse l’audit de la formation aussi. On n’a fait beaucoup de formation, aujourd’hui où ça nous a mené ? Pas grand-chose. Comment ces séminaires ont été organisés ? C’est vrai que de manière générale il y a des thèmes qui sont propres à tout le monde, qui apparaissent. Mais commentfaire pour que les séminaires puissent être préparés pour qu’ils soient utiles aux différents participants qui vont en appliquer les résolutions ou les notions apprises dans l’exercice de leur métier. Je pense qu’il faut se demander est-ce qu’il faut continuer avec les séminaires ; auquel cas il faut les améliorer ou est-ce qu’il faut promouvoir les formations in situ, c’est-à-dire les formations au sein d’une rédaction où un expert vient, vit avec les journalistes et essaye de les amener à améliorer leur condition de travail sur le lieu même du travail. C’est aussi une autre façon qu’il faut mettre sur une nouvelle piste. Nous pensons que l’un dans l’autre après avoir fait l’audit de ces séminaires de formation des journalistes qui retombent toujours dans les mêmes travers, nous allons essayer d’étudier de nouvelles pistes et pourquoi pas celle dont je viens de parler, la formation in situ.

-La loi sur la presse semble de nos jours quelque peu caduque notamment au niveau de la création et de l’exploitation d’une entreprise de presse qui donne droit à tout citoyen guinéen, professionnel ou non, remplissant les droits civique ou non, la création d’une entreprise de presse. N’est-il pas judicieux et opportun de réviser cette loi en laissant l’exercice de la profession aux seuls professionnels connaissant l’éthique et la déontologie du métier ?

- Je suis tout à fait d’accord, je n’ai aucun de problème là-dessus, c’est ce qu’il faut faire et( vous avez touché du doigt la question comme je l’ai dit tout à l’heure. On va le voir, est-ce que à travers les états généraux, ou quelle qu’autre forme. Il faut nécessairement qu’on fasse l’audit serein de la liberté de la presse en Guinée, depuis que la loi sur la presse a été promulguée en 1991. Je suis tout à fait d’accord et même sur le principe que ce soit des professionnels de diriger en tout cas les entreprises de presse.

- On part du constat amère que la presse guinéenne constitue une autre poste de pauvreté à cause du sous emploi des journalistes notamment ceux du secteur privé. Les patrons de presse ne respectent aucun texte sur la législation du travail. Aujourd’hui aucun journaliste ne bénéficie d’un salaire décent, d’une inscription à la caisse nationale de sécurité sociale, d’avantage sociaux et autres primes. Ils contribuent à la survie du journal jusqu’au jour de son départ de la boite. Que fait-il faire pour que le métier puisse nourrir son homme ?

- Vous savez il y a des métiers, on y vient pas pour s’enrichir, c’est le cas du métier du journalisme. Cela dit, il est important quand même que le journaliste puisse, en étant à l’abri du besoin, bien exercer son métier, mais ce n’est de la responsabilité que de son employeur. On a souvent parler des questions de la convention collective, du statut particulier pour permettre aux journalistes d’avoir des revenus décents. Ce sont des choses à encourager parce qu’un journaliste qui n’est pas totalement à l’abri du besoin peut succomber à la moindre des tentations. Je pense qu’il faut faire évoluer toutes ces questions. Il est normal que les contrats de travail concernant la profession et le professionnel puissent être effectivement pris en compte, puissent être réalisés pour le bien de la profession. Il vous souviendra qu’il y a bien des années maintenant qu’au Conseil National de la Communication, nous avions tenté d’amener les directeurs de publication à établir les contrats afin de sécuriser l’emploi des journalistes amis apparemment les gens, ça ne semble pas trop les intéresser. C’est ce qui est justement à la base du fait qu’il y a là un foisonnement de titres. Parce que dès que les gens ont des difficultés au sein d’une rédaction, ils estiment qu’il peuvent être à l’abri de toutes les tracasseries.

- Les cas de décès de journalistes dans les situations lamentables sont nombreux. N’est-il pas maintenant nécessaire de créer un fonds de soutien des journalistes au cas malheureux ?

- Je suis tout à fait d’accord. Mais vous savez quand vous avez votre subvention tout le monde prend et le monde disparaît. Çà devrait être une occasion pour les journalistes de marquer leur solidarité, de marquer la confraternité à travers les ressources d’un tel fonds de soutien.

- La subvention de l’Etat allouée aux média ne profite qu’aux seuls patrons de presse depuis son adoption par l’assemblée nationale. Quelle est votre vision de cette situation et qu’est qu’il faut pour que le journaliste puisse jouir de cette subvention ?

- Ecoutez ce sont des questions internes à vous. Mais c’est vrai que celui qui, à la sueur de son front contribue à l’existence des média lorsque un des fruits est cueilli, devrait aussi en avoir une partie, c’est tout à fait légitime. Nous n’avons aucun moyen coercition sur les différents patrons de presse.Mais, c’est regrettable de ne pas jouir de telles opportunités.

- Mais vous réguler les média au compte de l’Etat qui leur accorde cette subvention. Ne pouvez-vous pas initier une autre opportunité pour que ces fonds profitent aux ayant droits quand on sait l’objectif de cette subvention est l’amélioration des conditions de vie et de travail des journalistes ?

- Ecoutez les clefs de répartition, vous savez tout le tollé qu’il y a autour de çà. Donc nous essayons de rester sur des questions d’organisation globale de la presse, on ne voudrait pas aller sur ce terrain-là. Puisque nous-mêmes avions proposé, il y a quelque moment, qu’au lieu que cet argent soit mis dans les poches des journalistes qu’il contribue à améliorer le cadre de travail du journaliste. Il y a des charges fixes dans le fonctionnement de l’entreprise, des taxes à payer. Et si les journalistes se battaient dans le sens d’avoir une collectivisation de leur production pour avoir une imprimerie de presse où tous les journaux viendraient pour se faire imprimer. Malheureusement ce sont des questions qui tombent dans des oreilles de sourds.

- L’utilisation anormale qu’on fait de cette subvention étant connue, le gouvernement va-t-il continuer à les consacrer uniquement aux patrons de presse ?

- Je ne saurais le dire parce que c’est une loi votée à l’assemblée nationale. Actuellement le président de la république, dans cette situation de transition, c’est lui qui accorde cela. Çà va être difficile si les journalistes n’acceptent pas de s’asseoir et de faire évoluer leur vision de la profession, de vouloir ensemble le bonheur collectif.

- Comme mot de la fin, livrez-nous la primeur de ce que vous n’avez jamais dis à un quelconque presse…

- Le pense plutôt qu’avec la primeur d’une interview à la presse en ligne de ce type que vous me permettez, je dirais ce que je dis à tous. Le métier de journaliste est très important pour la société et donc, nous devons agir avec beaucoup de responsabilité n’étant guidé que par le souci de l’intérêt général.


Interview réalisée par Sotigui KABA et Aboubacar SAKHO pour www.aujourdhui-en-guinee.com



 

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