 | En séjour dans la capitale française, le fondateur de l’hebdomadaire ‘’La Nouvelle Tribune’’ Abdoulaye Condé, membre du CNT s’est prêté aux questions de notre rédaction. L’ancien conseiller du capitaine Moussa Dadis Camara parle de l’ancien chef de la junte, de la transition, du rôle du CNT…
Aujourd’hui-en-guinee.com : Ancien conseiller à la présidence, avez-vous les nouvelles de votre ancien patron, l’ancien chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara ? Comment se porte t-il aujourd’hui ?
Abdoulaye Condé : À part ce que je lis dans la presse ou entend par ci ou par là, je n’ai pas de nouvelles précises sur l’état de santé du capitaine Moussa Dadis Camara. Je souhaite simplement pour lui qu’il se rétablisse et retrouve sa santé. En tant que croyant c’est ce que nous pouvons formuler pour nos semblables dans la souffrance ou dans la douleur.
Vous l’avez cependant quitté après les événements du 28 septembre 2009 ?
J’ai surtout voulu officialiser mon éloignement, entamé des mois bien avant les événements que vous évoquer, d’une méthode de travail improductive, mais surtout d’un système orienté vers la dérive. Personnellement, je considère que les atrocités commises au stade du 28 septembre ont battu tous les records d’horreurs que le pays a connues.
Votre démission, il est vrais, a été appréciée par l’opinion révoltée contre le chef de la junte aveuglé par une inextinguible soif du pouvoir. Mais, certains l’assimilent à la trahison d’un système auquel on a profité ?
C’est possible que certains aient profité du pouvoir du capitaine Dadis. Même abusivement. Mais, pas au niveau de son cabinet où ses conseillers pouvaient restés deux à trois mois sans toucher la prime mensuelle. Ils n’avaient même pas droit au carburant. C’est le lieu de souligner que nous qui avons démissionné, à savoir le conseiller économique, Sékou Falil Doumbouya, le conseiller juridique et fiscal, Sékou Oumar Camara et moi-même, nous sommes partis au moment où on devait percevoir des arriérés de quatre mois, des primes d’installation, des primes de fonctionnement etc. Ce sont des dizaines de millions de francs guinéens de revenus dont nous avions droit.
Mais, nous avons préféré prendre nos distances sans attendre le payement de ces montants. Donc, vous comprenez que non seulement, nous n’avons pas profité du système, mais nous avons même abandonné nos droits. Sans parler des préjudices d’ordre moral et professionnel que le temps passé au cabinet présidentiel nous a causés.
Comment se fait-il que tout le monde ait croisé les bras et regarder le capitaine Dadis aller droit au mur. Tous se nombreux ministres, innombrables conseillers et même El Tigre, son alter ego ?
J’ai parlé tout à l’heure de la méthode de travail parmi les causes de ma démission. Je crois que j’aurais du employer le mot dysfonctionnement pour mieux résumer la nature des rapports entre le capitaine Moussa Dadis et son cabinet. Ce cabinet composé de cadres compétents et mêmes brillants de différentes spécialités n’a jamais rencontré en tant que tel même une seconde, pour une prise de contact ou de façon informelle, le président Moussa Dadis Camara. Tous ont cru en lui, et chaque poule dès les premiers jours s’est mise au travail et a pu produire et proposer la nouvelle orientation dans tel ou tel secteur conformément au discours de rupture annonçant la prise du pouvoir par le CNDD. Je pense notamment à la Feuille de route et au chronogramme de la Transition débouchant sur les élections, produits par le secrétaire d’état à la stratégie, Dr Mamoudou Condé, à la Charte de la Transition, donnant un cadre légal à la Transition, un texte fouillé et sérieux du premier conseiller juridique, Sékou Oumar Camara, aux réflexions à de solutions économiques du premier conseiller économique, Sékou Falil Doumbouya, au plan d’action de la Communication présidentielle proposé par M. Tounkara et moi-même etc. Il y a Tous ces efforts intellectuels malheureusement sont restés sans suite. Nous étions motivés et déterminés à aider le capitaine Moussa Dadis Camara à opérer la rupture, à instaurer la démocratie et l’état de droit en Guinée, à réussir une transition qui aurait pu inscrire son nom dans l’histoire des grands hommes du continent africain.
Le capitaine Dadis Camara a été personnellement mis en cause par le rapport de la commission internationale d’enquête de l’ONU dans les crimes et violences sexuelles du stade du 28 septembre. En convalescence au Burkina Faso, ses partisans manoeuvrent pour son retour en Guinée. Qu’en pensez-vous ?
Je n’en pense rien. Je souhaite simplement que la Guinée devienne un Etat de droit que ses citoyens revendiquent ; une cause pour laquelle de nombreux compatriotes ont sacrifié jusqu’à leur vie.
Ne pensez-vous pas que de son lit de convalescence, le capitaine Dadis soit dans le regret ?
Je n’en sais rien. Je pense cependant que ça pourrait être un observatoire idéal pour comprendre la nature humaine.
Le capitaine Dadis, mis hors jeu, pensez-vous que le général Sékouba Konaté se comportera différemment ?
Je constate qu’il se comporte différemment depuis qu’il est aux affaires. C’est justement ce qui lui vaut aujourd’hui admiration et respect de l’opinion nationale et de la communauté internationale. Le succès de sa visite en France s’explique par le changement du cap qu’il a su opérer en réhabilitant les premiers engagements du CNDD d’organiser des élections libres, démocratiques et transparentes sans la participation d’aucun militaire, d’aucun membre du gouvernement. C’est ce que le guinéens attendaient du capitaine Dadis, et c’est dans cette option que nous nous étions inscrits.
Vous êtes membre du Conseil National de Transition (CNT). Comment fonctionne cet organe, est-il prêt à tenir la date du 27 juin 2010, fixée comme celle du premier tour de la présidentielle ?
Dès le premier jour, avant même la cérémonie officielle d’installation, la présidente, Hadja Rabiatou Serra Diallo a pris ses responsabilités : « le retard ne dépendra pas du CNT ». Le message était suffisamment clair et précis pour que les conseillers nationaux (c’est l’appellation donnée aux membres du CNT) sans perdre du temps se mettent immédiatement au travail, sans même se soucier de savoir combien ils doivent gagner. Neuf commissions ont été créées, et parmi elles la Commission Constitutionnelle qui est à la phase terminale de la rédaction de la future constitution. Les commissions travaillent, nuit et jour, même les jours fériés pour que la date du 27 juin soit tenue. Le CNT est composé de toutes les composantes de la société guinéenne dont les représentants des guinéens vivant à l’étranger, toutes les propositions sont soumises au vote en séance plénière. La présidente est secondée par deux vices présidents : les chefs religieux Monseigneur Albert David Gomez et El hadj Mamadou Saliou Sylla, deux personnalités dont la probité morale ne souffre d’aucun doute. Nul besoin de revenir sur la personnalité de la présidente, Hadja Rabiatou Serra Diallo dont le combat acharné et intelligent pour le changement en Guinée est connu de tous. Le CNT est un des organes de la transition, il a une mission à accomplir et il s’y emploie depuis, et tout porte à croire qu’il sera dans les délais.
Cependant pour certains, le CNT est un autre gouffre financier pour la Guinée ?
Chacun est libre de faire ses critiques qui sont d’ailleurs utiles au bon fonctionnement de l’organe, de porter l’appréciation qu’il voudra sur le CNT, mais le minimum de précaution à prendre en la matière est de s’informer avant de se livrer à tout procès. Ce que je sais pour ma part, et je viens de vous le dire, les membres du CNT ont commencé à travailler sans se demander ce que cela leur rapportera comme gain personnel à chacun, sans que l’état n’ait déboursé même un centime pour son fonctionnement. La présidente a usé de ses propres relations personnelles pour faire face à certaines dépenses incompressibles. Je dois vous dire que le CNT est constitué de personnalités respectables animées par le sentiment patriotique de contribuer à l’entreprise de modernisation de l’état guinéen, de construction de la démocratie en Guinée, d’un pays moderne où le droit primera désormais sur le désir personnel du chef.
En tant que journaliste, observateur, depuis l’instauration du multipartisme en Guinée, de la scène politique guinéenne, qui voyez-vous à travers la présidentielle du 27 juin ?
Ecoutez, je vois que tous les candidats potentiels croient en leur victoire ; tant mieux pour la démocratie et bonne chance à chacun des protagonistes. Il ne s’agit pas pour nous de voir X ou Y, mais de faire en sorte que l’espoir suscité par la perspective de la tenue d’une élection présidentielle dont le vainqueur n’est pas désigné d’avance ne soit pas perturbé jusqu’au jour du scrutin. J’estime que chaque guinéen, quelque soit son candidat, voudrait que cette transition soit conduite dans la paix, que le futur président soit celui que les urnes auront clairement proclamé.
Une toute dernière question, monsieur le conseiller. Le général Sékouba Konaté ne cesse d’insister sur la date du 27 juin, mais si l’élection ne se tenait pas ce jour, qu’est ce qui va se passer ?
Inconnue de taille pour que tous les organes impliqués dans le processus de transition agissent pour faire du respect de la date indiquée la priorité de leurs actions. La CENI, le CNT, le gouvernement, tout le monde est interpellé sur les risques qui pourraient découler du non respect de la date du 27 juin.
Interview réalisée par Aboubacar SAKHO Envoyé spécial à Paris
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