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CONAKRY/Hier, certains des loyalistes qui demeurent fidèles au président renversé, Amadou Toumani Touré, y ont cru : une opération des soldats anti-putsch, qui avaient abandonné la capitale malienne sans combattre, étaient en train d'essayer de monter un contre-coup. Ce devait être dans la nuit, ce n'était pas tout à fait clair et au bout du compte, cela n'a pas eu lieu.

Mais en attendant, plusieurs questions demeurent. la première est très simple : où se trouve Amadou Toumani Touré ? On l'a signalé à l'ambassade des Etats-Unis (les Etats-Unis démentent), en Guinée (l'hypothèse semble être morte toute seule), dans un camp, au milieu de ses fidèles bérets rouges. Son absence pèse comme une menace sur le groupe des putschistes emmenés par le capitaine Sanogo, et qui semblent se demander quoi faire de ce pouvoir si brûlant qu'ils ne parviennent pas à le garder dans leurs mains.

Un ATT en liberté constitue une menace de voir tout à coup des loyalistes tenter de reprendre le contrôle des événements, ou pour commencer de certains coins symboliques de la capitale.

Car quel est le crime que l'on reproche à cet homme qui a contribué à mettre fin à la dictature de Moussa Traoré en 1991, avant de rendre poliment le pouvoir aux civils, et une fois élu, de terminer ses deux mandats et de tirer sa révérence ? Les militaires et certains responsables politiques maliens lui reprochent d'avoir laissé prospérer la rébellion touarègue, peut-être à dessein, dans l'idée de déclarer au dernier moment un état d'urgence qui aurait empêché les élections. Cette hypothèse reste à prouver.

ATT, cela semble plus vraisemblable, allait quitter le pouvoir au terme du second tour de la présidentielle, en mai. Etait-ce intenable ?
On sait que l'insatisfaction au sein d'une partie de l'armée était réelle, depuis longtemps (liée aux prébendes dont jouissaient des officiers supérieurs du premier cercle), et aussi qu'on reprochait au fond à ce régime d'avoir laissé prospérer les katibas d'Al Qaida au maghreb islamique (Aqmi).

Lorsqu'on lui faisait remarquer que son armée n'avait pas été d'une hardiesse folle pour aller déloger les émirs d'Ami dan sel nord du pays, ATT faisait remarquer que ce n'était pas sa guerre....
On n'en est plus là. A présent, la question est de savoir s'il a encore la capacité d'opérer un retournement de situation. cela semble peu probable, mais pour être être certain, il faudrait savoir où il se trouve.

Or, ATT n'est nulle part....

Comme il n'a pas été arrêté par les putschistes (cela se saurait), les frontières du pays demeurent fermées. Fermées comme cela arrive rarement dans la région. De peur de le voir s'échapper, de toute évidence. Personne n'entre, personne ne sort. Exceptions : camions d'essence (le carburant manque), et des diplomates ou négociateurs.

Les putschistes, à Bamako, ont reçu plusieurs délégations au cours des dernières 24 heures. Le représentant du secrétaire général des nations unies, said Djinnit n'a pas pu rencontrer le chef de la junte. Les représentants de la Cédéao ont eu plus de chance. Sans que cela produise plus de résultats.

On remarque que les points de discussions portent surtout sur le "rétablissement des institutions" (les putschistes ont tout suspendu, à commencer par la constitution). Mais personne ne semble se pencher avec beaucoup d'attention sur le président Amadou Toumani Touré.

N'est-ce pas étrange ?

il est clair que ce coup d'état avait été préparé, de nombreuses sources en attestent, mais pour l'instant, ce qui a été mis en place ressemble surtout à s'y méprendre à une situation échappant à tout contrôle. Aujourd'hui samedi, Bamako a été plus calme, on signale moins de pillages, moins de soldats dans les rues. Mais cela ne résous en rien le problème de fond : ceux qui ont déclenché le coup d'état avaient-ils conscience qu'ils jetteraient le Mali dans une situation aussi inquiétante ? Un ami Malik Dechambenoit, fin connaisseur de la politique africaine pour avoir oeuvré dans plusieurs processus de paix et faire désormais du conseil à travers le contient, m'envoie cette réflexion d'une simplicité impitoyable : "il est quand même triste que l'un des seuls présidents dans cette région qui a publiquement déclaré son intention de quitter le pouvoir et de ne pas manipuler la constitution pour un énième mandat soit renversé par des militaires à un mois des élections". Et il aurait pu ajouter : à un mois des élections où il ne comptait pas se présenter.

Source: Le monde