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Scandale à l’Enseignement Supérieur : 40 milliards de GNF détournés par an !


CONAKRY/Assurément, les limiers du Contrôle économique et financier ont jeté cette semaine, un énorme pavé dans la marre aux caïmans que constituent nos institutions d’enseignement supérieur. En effet, suite à une mission mixte d’audit qui, depuis le 10 décembre dernier, a parcouru tous les centres universitaires publics et privés du pays pour recenser, sur présence effective, tous les étudiants sensés être sur les listes officiels, le résultat est tout simplement effarant : l’Etat guinéen paye chaque année, la rondelette somme de 40 milliards de francs guinéens à des étudiants qui, en fait, n’existent nulle part dans le pays. Ni en classe, ni même dans la cour de recréation.

C’est à dire des « étudiants » fictifs, inventés de toutes pièces et inscrits sur des listes d’émolument par un réseau de hauts cadres de l’Education nationale et des Finances en complicité active avec les recteurs d’universités publiques et les fondateurs d’universités privées.

La mission mixte d’audit composée de délégués des ministères de l’Enseignement supérieur, de l’Economie et des Finances, et du Contrôle économique et financier a révélé que :

- Dans les universités privées, sur un total de 13.674 étudiants déclarés et payés chaque mois, seulement 12.956 étudiants sont effectivement existants. Soit 718 fictifs !

- Au niveau des universités publiques, 95.252 étudiants sont déclarés et pris en charge chaque mois par l’Etat, alors que ce sont seulement 55.280 étudiants qui émargent effectivement. Soit près de 40.000 fictifs ou plus exactement 39.972 trous de coulage financier !

En clair, sur 10 étudiants déclarés sur les listes du Ministère de l’Enseignement supérieur et mensuellement dotés en bourses d’études et d’entretien par l’Etat guinéen, seulement 7 étudiants sont réels...

C'est une hémorragie de plus de 40 milliards de francs guinéens régulièrement partagés, chaque année, entre des cadres sans scrupules et toujours prompts à crier au loup. Et ce système coule depuis de longues années déjà !

Un système de corruption et de gabegie financière qui, encore une fois, vient infliger une gifle retentissante à la morale nationale commune, certes, mais aussi et surtout, une douche froide à tous les responsables de notre système éducatif national. Pour la simple raison que cette basse pratique n’aurait jamais pu prospérer à leur insu.

Seul bémol pour nous les guinéens d’en bas : que l’effet boomerang de cette action pionnière et patriotique du Ministère du Contrôle économique et financier ne soit pas étouffé, comme il en a toujours été le cas dans ce pays. On a parlé de changement, non ?!

Fodé Tass SYLLA